Meat Wave – The Incessant

S’il y a quelque-chose d’appréciable quand je me plante, c’est que je ne fais pas semblant. Je me prends les pieds dans le tapis, ça me retourne un ongle, j’écrase le chat et je finis sur un coin en verre de la table basse. Car oui, je doutais beaucoup de Meat Wave avec cet album, entre son annonce et la sortie du premier single. Puis bah je l’ai écouté.

1er mai 2016. Moins d’un an après la sortie de leur très bon LP Delusion Moon, et tandis que j’étais encore dans la période où je le faisais tourner à toc dans le salon, le trio de Chicago postait une photo sur leur page Facebook : l’enregistrement de leur nouvel album commençait. « Déjà ? Mais. Le. Je. Ok. » Et ils ne parlaient pas d’une session d’enregistrement improvisée dans un garage hein. Baies vitrées, parquet ciré, belles briques, poutres apparentes : ils étaient à l’Electrical Audio, le studio d’enregistrement de Steve Albini. Rien que ça.

Le temps passe et le premier single, The Incessant, est publié. Je me souviens ne l’avoir même pas écouté en entier. Une fois passés les deux tiers j’étais arrivé à la conclusion personnelle que c’était super plat et j’étais à deux doigts de m’exclamer que « ah bah ça m’étonne pas pour un truc écrit vite euf ça n’aura de valeur que celle des micros de Steve bon je vais réécouter Right Hand Left Hand ».
Et puis un pote continuait malgré tout à surveiller ce disque à paraître. Il m’appelait à la prudence, voyant ma promptitude à condamner un album en ne me basant que sur une sortie de single, qui est selon lui une technique de communication finalement très périlleuse pour les groupes.

Nous sommes le 27 février 2017 et j’écoute pour la troisième fois The Incessant de Meat Wave. Il avait raison le copain.

Vous expliquer pourquoi par contre c’est une autre paire de manches. Meat Wave ont le don d’être tout en contradictions, et dès lors que je le réalise en rédigeant mon brouillon je commence à regretter d’avoir commencé cette chronique. C’est simple mais ça ne l’est pas. C’est écrit dans l’urgence, ça s’apprécie immédiatement, intuitivement mais c’est toujours dans l’abondance mélodique, la maîtrise des ambiances et le jeu des tensions. Chaque morceau touche en son milieu une corde sensible différente mais ne peut pas, et c’était mon erreur dans l’appréhension du single, être décontextualisé de l’album, lequel est construit avec une cohérence et une solidité à toute épreuve. Si le titre No Light me soulève autant de mon siège c’est parce qu’il est la suite, naturelle et surprenante à la fois, de tout ce dans quoi j’ai baigné jusqu’alors. J’aime même le titre The Incessant, que je trouvais pourtant sans consistance et ennuyeux en tant que single. Parce qu’il veut dire quelque-chose à l’emplacement précis qu’il occupe dans la tracklist.
Meat Wave ont bien plus qu’auparavant pensé à l’album. Si je voulais vous vendre Delusion Moon, je vous brandirais sans plus de justification les titres Cosmic Zoo ou Erased, et je n’aurais même pas honte. Pour vous faire aller vers The Incessant, il va falloir que je vous incite à l’écouter en entier, depuis le début (c’est-à-dire en désobéissant à l’immonde fonction « featured track » de Bandcamp que le label a utilisé pour vous forcer à écouter la piste 3 en premier). Laissez le chat squatter vos genoux, ratez votre arrêt de bus, prenez l’itinéraire le plus embouteillé, faites ce que vous voulez, tant que vous lui consacrez les 36 minutes d’écoute qu’il mérite.

Germain
@GermainCtrPnt

Date de sortie : 17 février 2017
Label : SideOneDummy Records
Lien : https://meatwavechicago.bandcamp.com/album/the-incessant (7$ H.T.)

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