Lardo – Sinking

La basse est trop forte, la batterie n’est amputée d’aucune de ses harmoniques, les cordes de la guitare sont comme grattées contre un tableau noir, les phrases musicales sont tronquées quand elles ne sont pas noyées dans un trop-plein d’énergie.
Joie.
Le nouvel album de Lardo est sorti.

Et en avance même, puisque le trio de Chicago a accidentellement publié leur deuxième album sur Bandcamp alors que les galettes noires ne seront pas pressées avant un mois. Ils ont assumé le clic de travers et ont laissé la publication intacte. Sympathique.

La recette est inchangée pour ce successeur de Gunmetal Eyes : faire le plus de bruits possibles, au pluriel oui, à trois musiciens seulement. La basse et la batterie assumant leur rôle conjoint de lourde chape rythmique, c’est à cœur-joie que la guitare s’en donne pour étaler son panel de textures, quitte à abandonner sa vocation mélodique. Rien de nouveau, j’ai plus ou moins décrit en deux phrases le postulat du noise-rock. Là où Lardo s’en sortent brillamment c’est avec cette écriture en pointillés, cette manie de placer des coupures pour tronquer ses phrases musicales et ainsi suspendre les morceaux à plusieurs reprises en même temps que notre respiration. Les brusques lâchers d’énergie sont dans leur C.V. également, et sont placés avec un sens de l’à-propos impeccable.

Au-delà de cette technique de jeu c’est avec les ambiances, et donc vos humeurs, qu’ils vont jongler avec une aisance déconcertante, apportant la touche d’imprévisibilité indispensable à ce genre de disque. Le chant est tantôt éthéré comme dans un classique post-punk, tantôt parlé et introspectif à la mode des canons du post-hardcore des années 90. Dans ses envolées il montre une puissance proportionnelle à une fragilité inquiétante, le point de rupture est guetté. Et la guitare, inlassable, texture l’ensemble quasiment en électron libre.

Ajoutons à cela que le point fort de Lardo, que je considérerai comme sa touche finale, est d’assumer fidèlement la posture de chaque morceau. Le lancinement entamé dès les premières mesures de Swimmer vous accompagnera jusqu’à la fin, rien ni personne ne viendra vous sauver. À l’inverse, aucune bassesse ne sera à l’oeuvre derrière Let Go, vous allez dandiner de la nuque pendant deux minutes et trente-sept secondes. Lardo sont des gens de confiance et Sinking leur meilleur gage à ce jour.

Germain
@GermainCtrPnt

Date de sortie : 12 mars 2017
Label : Alliterative Accord
Lien : https://lardo.bandcamp.com/album/sinking (8$ H.T.)

2 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Phileas

    Excellent texte pour un excellent album.

    J’ai craqué dès les premières notes de « Swamped » hier soir. Et après m’être goinfré deux trois écoutes aujourd’hui je suis pas peu fier de mon achat.

    Lardo c’est le bien.

    • 2
      Germain

      Merci !
      C’est pas pour rien qu’ils ont mis Swamped en featured track, notre fonctionnalité de Bandcamp préférée. Faut reconnaître qu’il déboîte. Et Let Go qui fait directement écho à Run Away de leur précédent album se défend bien-bien-bien aussi.

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