Grauss Boutique – s/t

Ce fut une période creuse, vous l’aurez remarqué, la faute à une actualité musicale peu convaincante, une période électorale des plus catastrophiques – effrayantes même – et, j’avouerai pour ma part, des oreilles un peu fatiguées. Mon goût pour un silence salvateur m’a rendu exigeant, ce qui n’a pas aidé. Malgré tout, quand on reçoit une notification de nouvel album chez À Tant Rêver du Roi, on fait un petit effort. Et on clique.

La grauss artillerie

Grauss Boutique est un mélange, sous la forme d’un trio, assez improbable. S’y retrouvent pêle-mêle des musiciens rompus aux grandiloquentes montées atmosphériques, à la franche rugosité du punk (mais pas que), et à la virtuosité feutrée de la musique de chambre à quatre guitares. Ou respectivement des membres issus de Ez3kiel, Ultra Panda et du Quatuor Obane.

Trio oblige, chacun a toute l’amplitude sonore requise pour se faire entendre. Impossible par exemple de rater la basse de Régis Altmayer-Henzien (l’inverse m’aurait fait chialer). Et justement, puisque je parle d’amplitude, parlons de ce qu’ils ont composé ensemble : c’est quel genre de musique, Grauss Boutique ?

idontknow

Bon déjà c’est du rock. Jusque là ça va, je ne me plante pas. Avançons-nous encore un peu et affirmons que c’est du rock instrumental. Pas d’erreur possible. Je vous jure que je tremble.

Plus en détails, on y retrouve plein de genres que j’aime et attention ça devient balèze : sous plusieurs déclinaisons. En gros vous prenez les étiquettes courantes punk, noise-rock, math-rock, post-rock et vous collez tout au pluriel. Le nombre d’influences furtivement identifiables est colossal. Leur math-rock drague aussi bien les références bien ancrées à la ASIWYFA que ses très amusants rapprochements avec la musique rapidement qualifiée de tropicale. Leur punk se promène entre des épisodes complètement arrachés qui défoncent mur après mur, des variantes plus noise à la Vélooo qui s’encombrent joyeusement d’une grosse basse granuleuse, il se permet même un clin d’œil évident à Fat Mike et à son insupportable manie de caser des soli prévisibles dans les lignes droites.

Et là j’en arrive à un autre point intéressant chez Grauss Boutique : ils m’ont fait adorer ce que je déteste. De leurs grands passages rock progressif jusqu’aux ostensibles emprunts au métal (soyons clairs : les bends sont ce qu’il peut y avoir de plus moche en musique juste après les départs en carrière solo), tout fonctionne parce que leur écriture est logique et maîtrisée. Rien ne fait tache et chaque écart est soigneusement placé puis exploité pour préserver la spontanéité de l’ensemble.

Point de montage graussier donc

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Le trio sait ce qu’il fait. Il faut dire qu’ils ont chacun de la jolie bouteille dans leurs domaines respectifs et j’en arrive au point que je vais trouver le plus beau dans ce projet, à savoir qu’on a affaire à des gens qui ont mis leurs savoir-faire en commun au prix de l’absence de cloisonnement dans leurs individualités. Le projet n’a noyé personne mais au contraire cherché quelle assise commune permettrait une belle multiplicité des sons, des goûts, sans que ça soit immangeable pour autant. Galette en main, ils ont fait mieux : on se laisse resservir sans bouder.

Germain
@GermainCtrPnt

Date de sortie : 1er juin 2017
Label : À Tant Rêver du Roi, Chanmax Records et Dirty8
Lien : https://atantreverduroi.bandcamp.com/album/grauss-boutique-s-t (5€ H.T.)

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