Eremo – s/t

Un jour j’ai expliqué à ma fille qu’elle pouvait arranger sa tranche de tome de montagne avec un peu de confiture de figue. L’incrédulité était totale, jusqu’à ce qu’elle goûte. Et elle a adoré.
La semaine dernière, les Milanais de Eremo mettaient directement dans mes oreilles, sans me prévenir et s’affranchissant donc d’un potentiel réflexe de rejet incrédule de ma part, qu’on pouvait mélanger un math-rock un peu fou-fou à du chant emo/screamo.
Chronique d’une pépite heureuse trouvée dans la vase d’un genre saturé.

Oubliez cette intro, ma rhino-pharyngite me colle un peu de fièvre et j’écris sans filtre. On va passer directement à la présentation pour faire oublier tout ça.

Eremo, c’est quatre jeunes gens – ou au moins des gens de mon âge, soyons honnêtes – qui se sont réunis en 2015 autour d’un amour assumé des barbes bien taillées et des pedal-boards. Ils sont installés à Milan, en Italie et Eremo signifie « ermitage ». Voilà ce que j’ai pu compiler à leur sujet, nos amis étant particulièrement avares, ou discrets, dans les propos autobiographiques et la diffusion de photos. De là à faire le lien avec la notion d’ermite dès lors éponyme à leur projet, il n’y a qu’un pas.

Eremo, c’est également le titre de leur première production enregistrée, laquelle pourrait être qualifiée de petit LP puisqu’il n’y a que six titres. Mais c’est suffisant. Je dirai même que c’est justifié tant ils jouent le jeu de la densité au niveau des compositions. En effet, ce sont des références à la Brontide ou encore Sleeping People auxquelles il faut s’attendre sous l’étiquette math-rock. Autant dire que les bonshommes, tout joviaux qu’ils sont, ne rigolent pas. C’est précis, c’est coquin avec les structures rythmiques sur les parties instrumentales, ça joue parfois la carte de l’hypnotisme à force de répéter cette petite ligne de guitare tronquée exprès, bref c’est très bien fait et rien que pour ça le petit bouton lecture mérite votre clic.
À cette richesse s’ajoute l’ingrédient vocal inattendu. Sous la forme de couplets criés alternés avec des interludes parlés, le chant apporte son lot d’articulations exploitées avec malice et avec elles des variations de puissance dans des virages en épingle autrement plus compliqués à mettre en place. J’ajouterai que je suis d’ordinaire assez peu fan du screamo, le chant inhérent à ce genre étant très vite fatiguant. Ayant une vocation tantôt structurante, tantôt d’arrangement, c’est naturellement qu’Eremo l’a casé un peu en arrière-plan au niveau du mixage1, laissant plus de place pour les autres instruments qui se révèlent être la finalité de tout ceci.

Rien de gratuit donc, nous ne sommes pas dans un mélange des genres pour le simple plaisir d’espérer sortir du lot, mais une démarche d’élargissement des possibilités d’expression qui, en plus de produire une musique réussie, est honnête et ça les copains vous commencez à comprendre que j’y suis sensible.

Germain
@GermainCtrPnt

Date de sortie : 16 décembre 2016
Label : neh, aucun
Lien : https://eremo.bandcamp.com/album/s-t (prix libre)


1 C’est d’ailleurs un procédé utilisé par les excellentissimes Charlottefield dont je vous recommanderai au moins l’écoute du LP How Long Are You Staying

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