Alpha Male Tea Party – Health

En fans invétérés du groupe, ce troisième album était très attendu. Comme le second. Et comme l’EP avant. Nous guettons cette capacité du trio à toujours tomber juste pour à la fois nous surprendre et nous conforter dans cette patte qui est leur, laquelle nous avait donné un violent tournis en 2012 lorsque nous avions découvert AMTP, leur premier album.

Le groupe l’a annoncé d’emblée : ce sera l’album dont ils seront les plus fiers. Pour l’occasion, ils ont voulu voir les choses en un peu plus grand en augmentant sensiblement la qualité du travail d’enregistrement. S’est ensuivi une collecte de sous via une plate-forme de financement participatif, soldée par un succès grâce une base, conséquente et méritée, d’auditeurs fidèles.
Changement de label également. D’abord en auto-prod puis distribués chez Superstar Destroyer Records (Polymath, Vasquez, bref du beau monde), ce troisième album sortira chez Big Scary Monsters, label emblématique londonien de la scène math-post-cequetuveux-rock.

Bref. Du lourd.

Et en fait non.
Je suis navré, je m’étais juré de ne consacrer mes chroniques sur ce site qu’à mes coups de cœur pour en préserver la bonne humeur générale. Mais on parle d’Alpha Male Tea Party. Ces gens dont j’ai acheté deux fois le premier album, regrettant comme un imbécile de n’en avoir qu’une version dématérialisée. Cela ne me confère aucune obligation morale, ni ne m’inflige une colère de fan déçu. J’avais juste envie d’en parler.
J’avais envie de parler du travail qu’ils ont fourni, parce qu’il est colossal. On savait le trio, en plus d’être débordant d’une énergie jubilatoire, aventureux. Ils se sont risqués sur Health, dès l’ouverture puis en morcellement des énergies dans les morceaux, à un post-rock dans sa plus pure forme. Ce n’était pas totalement inattendu, mais l’usage est encore plus assumé, conférant une fluidité et une rigueur étonnantes aux morceaux. J’ai cru à un featuring Brontide sur le morceau d’ouverture, c’est dire.
Sur leurs passages exutoires, toujours inventifs sur les riffs comme sur la façon de les péter en deux, ils sont allés de l’avant grâce à la compréhension, et donc à l’aise qui en résulte, de ce qu’est le son Alpha Male Tea Party. En résultent des phrases musicales d’une incroyable richesse, avec une complexité rythmique qui force à la fois l’admiration pour le travail d’écriture et pour la simplicité d’écoute offerte à l’auditeur.

C’est quoi le problème alors ?

On s’ennuie sec. Je n’ai pas compris tout de suite pourquoi. J’ai même cru à une humeur. Puis j’ai réécouté leurs premières productions pour en avoir le cœur net : ça envoie toujours autant et ça n’a rien perdu de sa fraîcheur. C’est lourd, inventif, blindé de références qui vont plaire autant aux fans de RATM qu’à ceux de Drive Like Jehu, ils assument les sentiers battus tout en montrant qu’ils sont capables de les suivre en zigzaguant, le tout avec une spontanéité, presque une candeur, toute infantile.

C’est ce point précis qu’Alpha Male Tea Party ont perdu, troqué – à raison – contre une meilleure maîtrise technique de leur panel de sons, de leur doigtés, contre une meilleure écriture, contre un plus gros travail. Et c’est un peu là qu’ils m’ont perdu aussi.
Quand ils disaient que c’était l’album dont ils étaient les plus fiers, je pense sincèrement qu’ils peuvent l’être. Mais ça ne sera pas pour autant leur meilleur.

Germain
@GermainCtrPnt

Date de sortie : 23 juin 2017
Label : Big Scary Monsters
Lien : https://bsmrocks.bandcamp.com/album/health (7£ H.T.)

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