Nac/Hut Report – Schism no symmetry

Au commencement de l’histoire, il y eut la musique.

La température a encore chuté sur Nac/Hut en cette 2ème aube de la journée. Une douzaine de gros porteurs sont en partance et les grues géantes accomplissent leur ballet rituel pour finir de charger les containers de minerais.
C’est précisément durant ces phases que le rayonnement sonore atteint son paroxysme. Brigitt s’y prépare, comme lors de chaque 2ème matin de toutes journées passées en ce lieu maudit de la galaxie.
A son arrivée, il y a 3 années T. maintenant, elle faisait toutes les nuits ce rêve étrange où elle devenait une onde, s’insinuant dans chaque interstice de chaque mécanisme de chaque machine de ce chantier démesurément inhumain qu’est la planète Nac/Hut, une abstraction totale en quête de forme, d’éclosion physique et qui dans cette pérégrination tentait en vain d’extraire définitivement de ces machines infernales leurs bruits bouillonnants.
Son activité cauchemardesque d’alors l’amenait à envisager le silence comme étant la résultante de la recombinaison de l’intégralité des bruits envisageables. C’était un leurre. Un mécanisme de défense sans lendemain. Il n’y a pas d’issue sur Nac/Hut, le son naît et s’insinue entre chaque maille de chaque machine et pénètre dans chaque pore de la peau.
Rien ne semble cohérent, Brigitt n’avait obtenu qu’une équation isentropique pour tenter de définir ce flux. Ce n’est pas un magma sonore, ce serait trop confortable, trop univoque. Elle a compris depuis quelques temps désormais qu’il n’y a pas de qualificatif stable utilisable.
Sa capacité à raisonner faiblit sans cesse, jour après jour, son esprit n’a plus la force de trier l’information, de prioriser des stimulus et son monde intérieur est rongé peu à peu. La seule, l’unique option qu’elle a décelé est de fredonner, de chanter mentalement. Élégie morbide ou salvatrice, elle se fiche de le savoir. Elle ne cherche pas à faire écran, elle sait que c’est impossible. Le son l’irradie, la ronge et son seul recours est d’apposer, non d’opposer, à cette entité informe la tentative d’une cohésion par le simple intermède de sa voix – intérieure –
A l’image d’une explosion essayant de remonter à son point de rupture, Brigitt sait que l’issue est fondamentalement précaire, et ce, à tout jamais. La dislocation est consommée, la scission définitive, l’ordonnancement rassurant de la symétrie ne sera plus jamais perçu par les sens. Elle doit entonner le blues ultime et se résoudre à écouter le chaos.

Brigandin.

Date de sortie : 3 septembre 2015
Label : double hallucinative
Lien : https://nachutreport.bandcamp.com/

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