The Physics House Band – Mercury Fountain

Tout semble partir d’une sculpture de Calder intitulée The Mercury Fountain découverte à Madrid par le bassiste du groupe (Adam Hutchinson) et de l’influence de la bande dessinée l’Incal – la BD culte créée par Jodorowsky et Moebius dans les années 80. L’album se veut donc retranscrire en musique l’aventure imaginaire de ces deux mondes, comme si la fontaine prenait soudain les apparences des vaisseaux spatiaux décrit dans la BD du duo Franco-Chilien. Le titre d’ouverture Mobius Strip nous le fait très bien ressentir et nous met directement dans l’ambiance, elle est une introduction au voyage dans lequel nous allons embarquer.

On décolle ensuite vers Calypso, une piste mélangeant avec intelligence – comme à leur habitude – de la guitare, du clavier, du xylophone (?), de la basse et de la batterie. On continue sur notre lancée avec Holy Caves, les guitares se font plus calmes et l’on se sent en apesanteur, bien au chaud avec notre trio qui glisse ses doigts sur les cordes de ses instruments avec une dextérité déconcertante. La fin du morceau annonce l’explosion imminente de Surrogate Head, les guitares sont lourdes, de celles qui vont venir nous nettoyer les oreilles bien comme il faut !

On reconnaît alors tout de suite l’affiliation avec The Mars Volta que de nombreux fans et néophytes s’empresseront de relever. Ce bending de guitares, ces hurlements de claviers en écho et cette batterie qui ne demande qu’à prendre son envol, comme contenue dans une pièce qui serait devenue trop petite pour elle. C’est elle qui finalement annonce les déluges de riffs qui vont suivre, déluges qui se terminent toujours avec ces petits sons Mars Voltiens (ils portent bien leurs noms ceux-là !) si reconnaissables et si bon à entendre quand c’est si bien amené. On répète la séquence en ajoutant des coups de pédales, parce que c’est tellement bon d’en prendre plein les mirettes qu’on ne demande qu’à être resservis ! Et c’est là qu’est le génie de The Physics House Band, la construction musicale a beau se répéter 3 fois sur un titre de moins de 5 minutes, elle change à chaque reprise. Les guitares se veulent toujours plus exigeantes, la batterie devient plus folle et le vaisseau quitte définitivement l’atmosphère dans une dernière boucle, histoire de bien achever le kiff monumental qu’on vient de se manger.

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On revient à un décor plus spatial, avec le morceau A Thousand Small Spaces: ces claviers nous rappellent que finalement nous sommes toujours dans un rêve, on fait travailler l’imaginaire et c’est beau. C’est le calme avant la tempête, la trêve avant le rush, une sorte d’entre-acte étriqué permettant tout juste de reprendre son souffle avant de basculer sur la dernière partie de l’album. Ça fait du bien de se reposer les oreilles et le cerveau pendant quelques minutes.

La transition est violente et on repart directement en vitesse lumière avec une batterie qui nous ouvre la voie. Le clavier est frénétique et les guitares sont au diapason. Je ne trouve pas de traduction pour Obidant, sans doute tiré de l’Incal ou bien inventé par le groupe pour l’occasion. Un saxophone grinçant vient épauler les guitares dans les moments de pure folie de la deuxième moitié du morceau. Sans doute le titre qui sonne le plus « classic post-rock » à mes oreilles mais également le plus complexe à jouer tant il semble y avoir de nappes d’instruments différents, autant dire qu’en 02:26 on a vu du monde passer.

On poursuit l’aventure avec Impolex, une flute en arrière-plan, le clavier s’emballe et on a l’impression de se retrouver dans un tourbillon sans fin un peu comme dans la scène culte du film Enter The Void, le vaisseau serait-il en chute libre ? Le morceau se termine sur un lointain bruit de sirène d’alarme qui s’estompe peu à peu, un signal nous indiquant que l’action est belle et bien terminée, il est temps pour nous de rentrer à la maison.

On quitte l’urgence du titre précédent donc et on entame le voyage retour avec The Astral Wave, on revient alors avec le combo clavier/guitare qui introduit la fin de cette épopée. Ils arrivent alors ces cuivres fous et ce clavier psychédélique à la suite d’un court solo de guitare. Ce genre de solo que l’on veut voir en live, en version extended, là où l’artiste montre toute l’étendue de son talent et où les sons de la guitare viennent faire corps avec l’auditeur. A la maison on monte le son dans le casque parce que c’est beau. Un violon, une batterie et une basse viennent couronner la deuxième moitié de la track. Dans un dernier sursaut de vie, le saxophone revient et boucle le morceau, supporté par une guitare qui donne le tempo. Ce parfait mélange d’instruments ressemble à s’y méprendre au défilement du générique final, celui ou s’affiche le nom de tous les acteurs de cette fantastique aventure.

La grande basse ouvre la piste finale, elle annonce le retour à la terme ferme, la fin de ce trop court voyage de 33 minutes que l’on aura passé en compagnie de ce talentueux trio Britannique. Ce morceau de clôture sobrement intitulé Mobius Strip II vient nous rappeler pourquoi ce nom d’album a été choisi et quel message ces musiciens ont voulu nous faire passer: s’évader le temps de 9 pistes construites à la manière d’un voyage dans l’espace. La guitare et la basse concluent ensemble comme un écho perdu dans l’espace, le bending est utilisé à foison pour définitivement clore ce triptyque musical…

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L’album s’écoute là : https://tphb.bandcamp.com/album/mercury-fountain

Sorti sur Small Pound Records (label de haute qualité post-rockesque) le 21 avril 2017 pour £15 : http://smallpondrec.co.uk/product/the-physics-house-band-mercury-fountain/

Prochaine date (immanquable) : 17 août 2017 à l’ArcTangent Festival à Bristol

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